Un frein culturel avant tout. Le modèle français est encore essentiellement basé sur le temps de travail, et non sur le résultat. Nos cousins anglo-saxons ont une culture plus orientée sur les objectifs. La France connaît un taux de télétravailleurs de 45% inférieur à la moyenne européenne. Et trois fois inférieur aux pays scandinaves.
Un frein managérial, car le télétravail s’apparente pour certains à une perte de contrôle des troupes. C’est un peu la fin du modèle pyramidal de management, au profit d’un mode collaboratif. Moins de contrôle des supérieurs, plus de responsabilisation des salariés. On peut y voir un parallèle avec l’inondation des entreprises par les médias sociaux.
Un frein syndical, car sans heures de sortie des bureaux, les personnels en télétravail sont moins faciles à "tracter". Les syndicats craignent de perdre leur influence sur des salariés. Selon Greenworking, cette résistance s’amoindrit lorsque l’entreprise met à disposition des espaces virtuels syndicaux et autorise la diffusion de tracts par e-mail ou sur Intranet.
Un frein juridique enfin, en raison tout d’abord du contrôle du temps de travail : la crainte compréhensible du DRH que le salarié allume son ordinateur le matin et parte à la piscine (vu du serveur de l’entreprise, il a l’air pourtant de réfléchir longuement sur ce qui apparaît sur son écran) ou la hantise du salarié qui ne compte plus ses heures, travaille sans compter, viole l’obligation de repos de 11 heures consécutives (vu de l’oeil du DRH, il met sa santé en risque et l’entreprise aussi).
http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20120123trib000679802/teletravail-il-n-y-a-plus-de-temps-a-perdre-.html
Commentaires :
christophemiel a écrit le 23/01/2012 à 14:44 :
Entièrement d’accord. Imaginez, vous habitez à un endroit, à la campagne où dans un secteur géographique sinistré sur le plan de l’emploi. Néanmoins, grâce à la chance d’un service public des télécoms anciennement performant, vous disposez d’une connexion à Internet haut débit (et là je vise au moins 8 mégas montants), vous avez des diplômes, mais attaché à vos racines, vous ne pouvez ou ne voulez pas déménager (votre conjoint a lui un emploi là où vous vivez, par exemple) et bien en France en 2012, vous pouvez toujours pianoter avant de trouver une offre pôle emploi en télétravail ! C’est tout de même incroyable, malgré la tertiarisation de l’économie, mais c’est vrai. C’est encore plus vrai dans la fonction publique qui s’obstine à pratiquer les affectations au mérite dites "amphi de garnison" aussi ridicules que désuètes. En France, il est devenu évident que l’on aime faire compliqué par pur masochisme. Alors oui me direz-vous : "mais comment on fait pour fliquer les salariés, ces cuistres incultes bouffeurs de saucisses et buveur de pinard qui n’en foutent pas une ?" et bien c’est très très très simple, on utilise des non salariés, car oui, en France, on peut travailler à son compte, "go into business" comme on dit chez nos amis britanniques, mais étrangement, non, on n’utilise pas les dispositifs existants. Alors à quoi bon une autre loi qui ne sera pas appliquée faute d’intelligence collective ? Tiens, mais serait-ce là une question légitime qui peut être posée à un candidat à la bonne soupe de l’Etat ? Mazette non pardieu ! Imaginez un instant qu’il ou elle s’en offusque...
riri78 a écrit le 23/01/2012 à 14:39 :
Le télétravail est une forme moderne de l’esclavage : pas d’horaires fixes, travail ad libidum, flicages sur les logiciels de l’entreprise qui vous emploie (même en étant efficace et en faisant des horaires dingues, on doute toujours de soi). C’est aussi un train direct vers l’isolation sociale pas de collègues de bureau, pas de contact ou peu avec la hiérarchie. Quant à l’employeur, il est gagnant sur tous les plans : pas d’assurance à payer, de remboursement de transports, et, dans le cas d’un auto-entrepreneur ou de contrat type "auteur", c’est plus que rentable ! La distance employé/hiérarchie permet aussi de mieux gouverner : plus le boss est loin, plus il est difficile de se faire entendre quand des problèmes professionnels arrivent dans certaines missions. Le télétravail est aussi l’excuse pour vous imposer une masse de travail importante dans des délais très courts. Et je parle en connaissance de cause pour avoir longtemps travaillé via ce biais. Bien sûr, il vaut mieux cela qu’être au chômage, mais le télétravail vous rend asocial, beaucoup de gens se sentent seuls derrière leur ordinateur. Une fausse bonne solution qui répond à des intérêts économiques avant tout, pas forcément à l’intérêt de l’employé !