Comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre ?
C’est un projet que je "trimballe" depuis les années 2000, l’époque à laquelle, j’ai créé les premières rubriques Internet pour Courrier Cadres, le magazine de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres).
Nous avions eu l’idée avec le rédacteur en chef de l’époque de faire un guide, qui apporterait de manière très pratique des réponses aux cadres sur les principales utilisations possibles d’Internet dans un contexte professionnel. Pour tout un ensemble de raisons, peut-être aussi parce qu’Internet n’était pas alors assez "mature" et moi non plus" !, ce projet n’a pas abouti. L’année dernière, avec le changement de la formule rédactionnelle de Courrier Cadres, j’ai quitté le journal.
Je trouvais dommage de tirer un trait, en quelque sorte, sur près de dix ans d’investigation journalistique, sur les usages d’Internet, mais aussi d’expérience personnelle importante de ses outils. En effet, m’étant installée dans le Sud en 1996, j’ai dû pour pouvoir poursuivre mes activités me mettre au télétravail, donc faire un usage intensif de l’informatique et d’Internet.
Ce livre est né de mon envie de partager mes connaissances et mon expérience.
Quel est l’objectif de ce livre ?
L’objectif de mon livre est précisément de les aider à le faire. Pour chaque chapitre (il en y en a 10 au total), je dresse un panorama du thème traité pour permettre de mieux comprendre les acteurs, les outils et leurs enjeux, suivi d’une partie plus pratique avec des conseils méthodologiques, des trucs ou des astuces, avec pour finir une sélection de liens où l’on trouve aussi bien des sites institutionnels que des blogs de particuliers pour illustrer toute la diversité et la richesse d’Internet. J’ai essayé de m’adresser aussi bien à l’utilisateur un peu néophyte, qu’à celui plus confirmé qui l’utilise depuis longtemps mais sans faire une "veille" particulière sur le sujet.
Les évolutions d’Internet, qui tendent vers beaucoup plus de simplicité d’utilisation, m’ont beaucoup aidé. Les nouveaux outils tels le blog, les flux RSS, etc... sont vraiment à la portée de tous ! On a parfois tendance à utiliser Internet un peu comme un supermarché où on va se servir.
J’ai aussi voulu montrer avec ce livre qu’Internet est beaucoup plus que cela, et qu’on peut en faire une meilleure utilsation, pas seulement ses "courses" ! Il offre aujourd’hui, comme jamais, des possibilités à chacun d’être plus efficace dans ses tâches quotidiennes au bureau ou chez soi, de s’exprimer, de se développer.... Pour autant qu’on prenne le temps de lire mon livre ;-D !
En rapport avec votre ouvrage quel est le top 10 des sites à ne pas manquer ?
C’est une question très difficile. La richesse d’Internet est telle qu’il existe aujourd’hui une quantité très importante de sites de grande qualité dans un peu tous les domaines.
J’en présente au moins 200 dans le livre, tous en français et gratuits. Du fait de mes activités journalistiques, j’ai tendance à être peut-être un peu plus polarisée sur la recherche et la gestion de l’information que la moyenne des internautes.
Parmi les sites incontournables aujourd’hui, je me mets sans hésitation :
Google. Pas seulement pour le moteur de recherche dont je suis une grande fan mais aussi pour tous ses autres services,
la messagerie avec Gmail qui offre, outre une ergonomie bien pensée, des capacités de stockage très importantes, son interface de blogs gratuite et très pro,
Blogger que j’utilise d ailleurs pour le" blog compagnon" de ce livre,
son outil de recherche Desktop search (à télécharger sur votre ordinateur) qui permet de rechercher tous les contenus présents sur votre poste de travail, la liste n’est pas exhaustive. Ce dernier outil a changé ma vie ! Je passais beaucoup de temps à essayer d’organiser mes infos en dossiers et sous-dossiers pour parvenir à les retrouver. Maintenant, il me suffit de taper 2 ou 3 mots clé et je retrouve même les adresses des emails que j’ai effacés.
Je recommande également deux autres moteurs formidables, développés par des ingénieurs français :
Mozbot créé par Olivier Andrieu que tous ceux qui s’intéressent à la recherche d’informations en France connaissent bien, véritable couteau suisse pour le trouveur d’infos qui permet notamment d’accéder directement pour chaque site à la fiche du détenteur du nom de domaine,
et Exalead que l’on doit à François Bourdoncle qui a fait ses classes chez Altavista, dont on parlera je crois beaucoup à l’avenir, et qui offre, en plus d’une très large indexation, des fonctionnalités d’affinage et de ciblage de recherche exceptionnelles, entre autres, sur Wilkipedia.
Wikipédia qui rappelons est une encyclopédie gratuite et collaborative, c’est à dire rédigée par des contributeurs bénévoles, est évidemment un site incontournable aujourd’hui. Certains se plaisent à décrier la qualité de certains de ses contenus, voire les manipulations dont elle peut faire l’objet. Moi, je constate qu’à chaque fois que cela a pu être le cas, les corrections ont été apportées très rapidement par la communauté de ses contributeurs.
Autre grand site incontournable Yahoo. De "simple" annuaire de sites, il est passé, un peu comme Google, à un portail de services. J’utilise depuis longtemps son interface de personnalisation en ligne des contenus My Yahoo qui s’est beaucoup amélioré ces derniers mois avec le rachat par le portail de start-up web 2.0. Il vous permet de créer une page personnelle sur le portail pour agréger notamment tous les fils d’infos diffusés par les grandes agences, les journaux sur les thèmes qui vous intéressent.
J’utilise également désormais Netvibes, développé lui par une équipe française dirigée par Tariq Krim, qui permet elle d’agréger sur les mêmes principes, les informations émises sous la forme de flux RSS, comme le contenu des blogs pour suivre entre autres les infos publiées par mes bloggeurs préférés.
Pour terminer - parce que je pourrais continuer encore longtemps ! - un petit dernier dans un domaine un peu particulier, celui de la recherche d’emploi mais qui reflète bien ce qu’Internet peut apporter de meilleure : Anpsedic. C’est un petit outil (à télécharger gratuitement sur son ordinateur) qui permet de piloter plus facilement sa recherche d’emploi, en capturant les annonces, gérant les réponses, etc. Il a été crée par un informaticien, Sébastien Bourgasser qui l’a développé à l’origine pour sa propre recherche d’emploi avant d’en faire profiter les autres.
Quel est votre meilleur souvenir d’internaute ?
J’en ai plein ! Ce sont toutes les rencontres que j’ai pu faire. C’est cela qui est extraordinaire, en réalité, avec Internet. Les technologies et les outils sont formidables mais ce qui l’est plus encore, c’est la manière dont les gens les utilisent pour communiquer entre eux, échanger des expériences, partager des connaissances. Pour mes articles pour Courrier Cadres, j’ai interviewé énormément de créateurs de sites, d’utilisateurs d’Internet, etc..Cela a souvent été très passionnant. J’ai appris beaucoup de choses. Je n’en ai pas rencontré un grand nombre en "chair et os" mais je suis restée en contact régulier avec certaines personnes. J’ai, d’ailleurs parfois, l’impression de connaître mieux certaines personnes que je n’ai jamais rencontrées mais avec lesquelles je communique régulièrement via Internet, que des personnes de mon entourage professionnel que je côtoie tous les jours !
Quelles sont vos mauvaises expériences ?
J’en ai aussi ! Elles tiennent pour l’essentiel à la nature de l’information qui circule sur Internet. Cette dernière émane de toute sorte de sources. C’est sa force et en même temps sa faiblesse car pour l’essentiel, elle n’est pas vérifiée. Je me suis fait piégée une ou deux fois en reprenant un peu vite une info trouvée en ligne sans la recouper suffisamment. Je me rappelle en particulier d’un article que j’avais écrit sur la ville d’Aix-en-Provence où je réside. Je recensais, notamment, toutes les écoles offrant un cursus bilingue ou international, et j’avais cité le collège Mignet que j’avais orthographié Minier, après l’avoir vu sous cette orthographe sur Internet. J’étais vraiment mortifiée. Faire une "boulette" pareille dans ma ville...Aujourd’hui, je fais toujours très attention à recouper les informations que je trouve sur Internet, en croisant les résultats de mes recherches sur plusieurs sites, si possible des sites "professionnels" de grands journaux, d’institutionnels, gouvernementaux, etc. L’information circule très vite sur Internet, il faut prendre le temps de la vérifier. De plus, il est très facile de se faire passer pour ce qu’on n’est pas. Il y a un dessin du New-Yorker, que j’aime beaucoup, qui montre un chien devant avec un ordinateur avec cette légende "Sur Internet, personne ne sait que tu es un chien". J’essaye toujours de collecter un maximum d’informations sur l’identité du propriétaire d’un site, son parcours. C’est pourquoi je suis une adepte de Mozbot qui offre en un clic l’accès au Whois (l’annuaire auprès duquel doivent s’enregistrer tous ceux qui créent leur site sur le web).
Vous semblez dire que les réseaux sociaux (LinkedIn, Viadéo) ne sont pas d’un grand usage, est-ce un point de vue personnel ou une recommandation que vous donnez aux internautes pour qu’il gagne en efficacité par rapport au temps passé devant leurs écrans ?
Ce n’est pas tout à fait ce que j’ai écrit. J’ai écrit que : je n’en ai pas fait, du moins jusqu’à présent, un grand usage moi-même, même si je peux me vanter de faire partie de leurs premiers inscrits. En tant que journaliste, on a un rapport, je crois, un peu particulier avec cette question du réseau relationnel. D’abord, on a la chance de pouvoir contacter à peu près qui on veut. Ensuite, on rencontre beaucoup de monde. A qui demander de rejoindre son réseau ou pas, sur tel ou tel site ?
C’est un peu délicat, d’autant plus que certaines de vos relations, ou des relations de vos relations (c’est le principe de fonctionnement de ces sites) peuvent vous demander à rentrer en contact avec des membres déjà très sollicités de votre réseau, qui n’ont peut être pas envie de l’être encore plus.
Cela étant, je pense que ces sites peuvent être très utiles dans un grand nombre de professions pour toute sorte d’utilisations, pour trouver des clients, des fournisseurs, rechercher un emploi. Je commence à les utiliser un peu plus pour, notamment, faire la promotion de mon livre, et communiquer de manière plus large sur mon profil et mes compétences. En fait, le principal reproche que je fais à ces sites est d’être "fermé", c.-à-d. qu’une fois que vous êtes enregistré sur l’un d’entre eux, vous devez gérer tout votre réseau à partir de sa plateforme. Ils ne sont pas interopérables entre eux.
Et comme vos contacts peuvent être déjà utilisateurs d’autres plateformes, ca complique un peu les choses. Je rêverai moi d’un outil beaucoup plus "ouvert". Il me semble aussi qu’il ne faut pas se tromper sur leur intérêt. Ils ne constituent pas la panacée pour se créer un réseau. Ils sont plutôt pour moi un moyen pour optimiser et développer un réseau préexistant.
On parle de plus en plus de Web 2.0 ou d’un Internet participatif, n’est-ce pas du recyclage de vieilles idées de la période "start-up" ?
Depuis le tout début d’une certaine manière, Internet est participatif. Il a été créé et développé en grande partie par des individus qui se sont auto-organisés pour le "produire". Ce qui change, aujourd’hui, c’est que tout le monde peut y participer. Ce qui était réservé hier à des pros de l’informatique ou à des utilisateurs chevronnés est désormais à la portée de tous. Le web 2.0, c’est cela, le web des gens, par rapport au web des technologies des années 90. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un recyclage des vieilles idées de la période start-up. Beaucoup de choses ont changé depuis les années 2000. Le haut débit s’est massivement développé, les outils se sont simplifiés...Ce qui est vrai en revanche, c’est qu’on assiste à une sorte de frénésie à nouveau autour de certaines start-up, comme Youtube ou Myspace, pour ne citer que les plus emblématiques, qui se font acheter des centaines de millions de dollars par des "majors". Je crois que les grands médias traditionnels, notamment l’audiovisuel, sont en train de se rendre compte qu’on change aujourd’hui véritablement d’univers. Mes enfants, aujourd’hui, ne regardent plus la "télé" sur la télé. Ils regardent leurs séries américaines ou leurs dessins animés préférés en streaming sur des sites web via l’écran plat qui sert aussi accessoirement à la "télé".
De plus en plus d’auteur utilisent un blog, pour quelles raisons selon vous ?
C’est un formidable moyen de briser la solitude de l’auteur. On en parle beaucoup. C’est une réalité. Quand on écrit, on est seul devant sa copie et quand le livre est paru, on est d’une certaine manière encore plus seul. On ne sait pas ce que pense le lecteur, s’il trouve le livre intéressant. Le blog permet de briser cette solitude et de créer un dialogue avec le lecteur. Certains auteurs l’utilisent dans la phase de rédaction du livre pour tester ou enrichir leurs idées. C’est une bonne idée, même si je n’ai pas osé le faire moi-même. En revanche, il m’a semblé indispensable de proposer un blog-compagnon pour accompagner le livre après sa parution (http://mieuxutiliserinternet.blogspot.com). Tout change tellement vite sur Internet. Mon blog est un moyen pour moi de "suivre" et d’actualiser le livre. J’assure d’une certaine manière l’après-vente ! Peut-être aussi donnerai-je envie à certains visiteurs du site d’aller plus loin en achetant le livre....
Que pensez-vous des livres électroniques ? Est-ce qu’un jour on pourra se passer du modèle d’édition classique ?
Je pense que c’est une voie d’avenir pour un certain type d’ouvrages comme les livres pratiques ou ceux qui nécessitent une actualisation fréquente. Mon livre sera d’ailleurs proposé en téléchargement au format numérique PDF pour ordinateur ou PDA et même me semble-t-il en audio-book sur les sites spécialisés comme Numilog ou Cyberlibris. C’est tellement plus pratique de rechercher l’information, de l’annoter et de la partager sous format numérique que sur papier ! Pour les beaux livres et la littérature, l’objet livre papier dans sa dimension symbolique, esthétique, sensuelle...demeurera, je crois et je l’espère, encore très longtemps.